Etude sophrologie et acouphènes - Patricia GREVIN

"Première évaluation de la prise en charge sophrologique des acouphènes subjectifs." 
P. Grevin, M. Ohresser, M. Kossowski, C. Duval, A. Londero
DOI : 10.1016/j.anorl.2020.03.007


Etude publiée en mai 2020 dans une revue européenne ORL à comité de lecture.

Dès le démarrage de mon activité professionnelle de sophrologue, en contact direct avec le milieu médical, je me suis posée la question de savoir comment j’allais partager avec les médecins ORL les résultats très encourageants de ma pratique. 

99 % de la clientèle que je recevais en cabinet avaient des troubles de l’audition et souffraient d’acouphènes, parfois de façon modérée, parfois avec des comportements très invalidés.

Pour mener à bien la mise en place d’un parcours d’accompagnement avec la sophrologie au sein d’une équipe pluridisciplinaire, ma réflexion s’est portée sur deux réalités : d’une part, mon propre vécu et ma souffrance face aux acouphènes qui avaient envahi ma vie du jour au lendemain, d’autre part, une réponse parfois difficile pour le médecin ORL face à la détresse de certaines personnes. J’ai souhaité alors donner un sens à ce parcours personnel et professionnel.

Grâce aux nombreuses années passées en cabinet auprès de ceux qui souffrent d’acouphènes, j’ai élaboré un protocole de sophrologie spécifiquement adapté aux symptômes.

J’ai tenu compte, dans la mise en place de cet accompagnement, des nombreuses questions posées en cabinet par les patients qui partagent leur impuissance à contrôler les symptômes, parfois leur désespoir à trouver une solution. Ils expriment alors leurs idées négatives et obsessionnelles, leurs peurs, leurs craintes et leurs angoisses liés à la présence des acouphènes. Ces points sont abordés dans cet accompagnement qui s’est structuré au fil du temps et a abouti à ce protocole de 6 à 8 séances sur une période de 2 à 4 mois. Il se déroule avec des étapes et des objectifs. Il utilise quatre composantes : la composante cognitive pour mieux comprendre le symptôme, la composante sensorielle pour découvrir de nouvelles sensations corporelles et auditives, la composante émotionnelle pour aider certains états anxieux à retrouver le calme et la composante comportementale pour devenir autonome avec des réflexes de détente et mieux gérer en cas de nouvelle crise d’acouphènes. 

Récemment, lors d’un point fait à la fin d’un protocole de séances avec l’une des personnes que j’ai accompagnée, voilà ce qui m’a été dit : "ce qui a changé pour moi, c’est d’avoir pu échanger avec quelqu’un qui connaissait très bien le symptôme, d’avoir intégré le son parasite dans l’environnement sonore, d’avoir aujourd’hui moins d’appréhension sur l’avenir, d’avoir pris du recul sur l’acouphène et d’une façon générale, sur mes préoccupations. J’utilise régulièrement les exercices que vous m’avez appris en cas de crises. C’est un état d’esprit qui a changé et qui me permet aujourd’hui de me projeter plus sereinement dans la vie tout en prenant soin de moi et de mes oreilles. J’ai compris à quel point mes oreilles me permettaient d’entendre et d’écouter autour de moi sans oublier d’être à mon écoute."

Depuis 10 ans, je partage mon expérience auprès de mes collègues sophrologues, j’enseigne le protocole spécifiquement adapté aux acouphènes avec une pédagogie nécessaire et indispensable pour comprendre les symptômes, avec le choix des techniques de sophrologie spécifiques et surtout en début d’accompagnement, de certains exercices de méditation de pleine conscience. Au lieu d’entendre dire, "il faut vous y habituer ", la personne souffrant d’acouphènes prend en main le symptôme, en comprend beaucoup mieux la signification, dépasse les difficultés liées aux bruits parasites et découvre peu à peu que ramener le calme intérieur est possible.

J’ai créé le Pôle Sophrologie et Acouphènes® un réseau qui regroupe nos collègues formés à la spécialisation sur toute la France, en Suisse et en Hollande. Nos sophrologues sont choisis pour leur expertise dans ce champ d’application, en lien constant avec les médecins ORL et en formation permanente avec supervision, congrès et visioconférences.

C’est dans ce contexte que j’ai pu mettre en place une étude multicentrique, sans comparaison à un groupe contrôle, avec 16 de mes collègues répartis sur tout le territoire et et à Genève pour évaluer l’efficacité de ce protocole. Les résultats ont donc été publiés dans les Annales Françaises ORL et les Annales Européennes ORL. "Ils montrent qu’une prise en charge sophrologique adaptée peut permettre d’obtenir rapidement une diminution significative du handicap et une amélioration de la qualité de la vie chez des sujets souffrant d’acouphènes subjectifs". Extrait de la Conclusion du résumé de l’article publié.

Je terminerai par ces mots : l’acouphène n’est pas une fatalité, il y a des solutions. L’étude montre l’efficacité d’un protocole avec les limites mentionnées dans l’article publié, l’intérêt d’un travail en pluridisciplinarité pour considérer de façon plus large la personne qui souffre d’acouphènes, et non pas seulemenle symptôme lui-même.

N’hésitez pas à vous faire connaitre par le formulaire de contact si vous souffrez d’acouphènes et si vous souhaitez témoigner ou avoir de l’aide. 

Patricia Grévin, directrice de l’étude.

En complément, article détaillé avec les résultats de l’étude publiée.